Julien Meilland / Œuvres / Géographies 

 

Géographies, paysages imaginaires, 2014 – 2026

« À rebours de l’enseignement artistique, l’intervention du hasard dans le processus créatif de l’œuvre permet à l’artiste de se libérer des règles de la représentation.”  Guillaume Theulière  

Les “Géographies” que je crée, entre abstraction et figuration, sont dénuées -en apparence- d’intentions formelles, le hasard seul étant un acteur déterminant de ma recherche. 

Je plonge du papier dans des bains préparés à l’aide d’eau colorée et de pigments. Ma gestuelle, précise, chorégraphiée, crée des points de contact entre le support vierge et la couleur aqueuse. Cette succession d’impressions rapides laisse des empreintes indélébiles sur le papier, révélant le contenu du bain mais aussi la façon singulière avec laquelle le papier s’imprègne de la couleur.  

En choisissant de laisser vierge la partie haute de mes compositions, mes “Géographies” peuvent suggérer des paysages, dans lesquels le spectateur se projette partout et nulle part. Les images que la vue de ces œuvres génère, n’appartiennent qu’à l’imaginaire de celui ou celle qui les contemple. Moi-même je me laisse surprendre par la découverte de ce qui se révèle soudainement à mes yeux car ma pratique artistique mêle la singularité à l’inattendu. 

Je peins pour (m’)étonner. 

« Après des années d’études et de recherches personnelles, la série «Géographies» concrétise le désir de Julien Meilland d’entreprendre un voyage onirique au travers de contrées situées quelque part entre abstraction et figuration. Ces géographies multiples ne décrivent ni un univers précis ni même des phénomènes physiques, mais s’offrent à notre regard comme autant de paysages possibles dont le spectateur serait l’explorateur omnipotent. À mesure que l’assiduité de notre regard se renforce, des reliefs se dévoilent, des contours se précisent agissant en catalyseurs de nos pensées.

Avec l’idée du beau comme point nodal de ses œuvres, Julien Meilland bat en brèche une pensée systémique inhérente au milieu de l’art contemporain. Si au siècle dernier, décorréler le beau de l’art nous a permis de poser un regard neuf sur notre interprétation du monde, fallait-Il pour autant le rejeter en bloc ? En réfutant le dogme classique n’en n’avons-nous pas embrassé un autre ? Avec ses peintures délicates et vibrantes d’où émerge une sensibilité exacerbée, Julien Meilland laisse le beau se faire l’axiome de l’universalité de ses œuvres.

En cheminant délibérément de l’abstraction vers la figuration, Julien Meilland fait le parcours inverse de celui communément emprunté dans l’art. Au lieu de déconstruire, il favorise, au travers des méandres colorimétriques abstraits de ses compositions, la résurgence des formes intelligibles. La ligne d’horizon qui se détache nettement dans chacune de ses œuvres fait office de pivot autour duquel s’articule la structure de ses compositions, elle les spatialise les faisant coexister de fait en une même unité de temps et d’espace. Les ciels de Julien Meilland existent par leur absence. Ils sont la part de l’œuvre restée vierge tel un territoire d’expression laissé à la libre attention de notre imaginaire.

Julien Meilland mentalise ses œuvres sans relâche. Bien en amont de la phase de production, dans une quête perpétuelle de sens, il les théorise, les décortique, les structure, les proportionne, en anticipe les rapports de masses, en énumère les composants; il construit méticuleusement l’espace de convergence qui permettra à ses œuvres de prendre leur forme définitive. Dans une fenêtre de temps court, des mois de travail se cristallisent en seulement quelques instants lors d’un processus de trempe savamment orchestré. Si le hasard a bien évidemment sa place, Julien Meilland par la dextérité de son geste et sa connaissance des différents mediums (pigments, encres, peintures acryliques, solvants, toiles, papiers) tente de le dompter autant que nécessaire. De ces saillies créatives fragiles et exigeantes ou le repentir n’a pas sa place, ne subsisteront pas même 10 % des œuvres ainsi produites. Francis Bacon percevait la peinture comme un accident, Julien Meilland intègre pour postulat que rarement la toile se conforme à ce qu’il avait prévu, l’obligeant de fait à opérer un choix pour déterminer ce qui mérite d’être préservé.

« Géographies » est une invitation aux voyages intérieurs, de ces voyages immémoriaux fascinants au gré desquels se sont construites nos humanités. Dans les œuvres de Julien Meilland nulle chose ne demeure ce qu’elle est; prendre le temps de les parcourir c’est engager une traversée contemplative où l’invisible devient visible, où les planéités se font dénivellations, où le sensible se meut en énergie vitale et inversement. »