Julien Meilland / Œuvres / Géographies 

 

Géographies, paysages imaginaires, 2014 – 2026

« À rebours de l’enseignement artistique, l’intervention du hasard dans le processus créatif de l’œuvre permet à l’artiste de se libérer des règles de la représentation.”  Guillaume Theulière  

Les “Géographies” que je crée, entre abstraction et figuration, sont dénuées -en apparence- d’intentions formelles, le hasard seul étant un acteur déterminant de ma recherche. 

Je plonge du papier dans des bains préparés à l’aide d’eau colorée et de pigments. Ma gestuelle, précise, chorégraphiée, crée des points de contact entre le support vierge et la couleur aqueuse. Cette succession d’impressions rapides laisse des empreintes indélébiles sur le papier, révélant le contenu du bain mais aussi la façon singulière avec laquelle le papier s’imprègne de la couleur.  

En choisissant de laisser vierge la partie haute de mes compositions, mes “Géographies” peuvent suggérer des paysages, dans lesquels le spectateur se projette partout et nulle part. Les images que la vue de ces œuvres génère, n’appartiennent qu’à l’imaginaire de celui ou celle qui les contemple. Moi-même je me laisse surprendre par la découverte de ce qui se révèle soudainement à mes yeux car ma pratique artistique mêle la singularité à l’inattendu. 

Je peins pour (m’)étonner. 

La galerie 22h22 présente ‘ENVERS’

22h22 est un espace d’exposition installé au sein d’Office of Olga à Villeurbanne, studio d’architecture intérieure et de design cofondé par Gaëlle Mourieras et Loïc Journet. Pensée comme une métamorphose semestrielle du lieu de travail, la galerie transforme temporairement cet espace en un terrain d’exploration où oeuvres, architecture, écriture et mise en espace entrent en dialogue.

Après ‘à l’oeuvre’, première exposition consacrée à la création comme « expérience en train de se faire », ENVERS poursuit cette exploration à travers ce qui échappe à une lecture immédiate. Ce qui résiste, se dérobe ou continue d’agir au-delà de ce qui est donné à voir.

Plus qu’un lieu où l’on montre des oeuvres, 22h22 est aussi un temps, une invitation au rendez-vous. Un espace où l’on cherche à créer les conditions de la rencontre.

Avec l’espace.

Avec les oeuvres.

Et avec ceux qui les regardent.

 

ENVERS

Certaines choses n’apparaissent que lorsque le regard change de place.

Il existe des oeuvres qui continuent d’habiter nos pensées

bien après leur rencontre.

On les quitte

avec la sensation de n’en avoir saisi qu’une partie.

Comme si quelque chose demeurait

encore en attente.

Certaines oeuvres semblent contenir davantage

que ce qu’elles donnent à voir.

ENVERS est né de cette attention.

L’exposition cherche à créer les conditions

de cette apparition.

Non pour révéler ce qui serait caché,

mais pour accompagner

ce qui demeure encore en retrait.

Une présence.

Une sensation.

Une mémoire.

Une pensée qui continue de se déployer.

Une oeuvre rencontre une autre oeuvre.

Une image éclaire une présence.

Une matière prolonge une sensation.

Certaines apparaissent dans les oeuvres

elles-mêmes.

D’autres émergent dans les relations qui se tissent entre elles,

dans les échos,

les rapprochements,

les écarts.

Ici, l’espace participe pleinement à ce mouvement.

Les oeuvres habitent le lieu.

Le lieu habite les oeuvres.

L’exposition devient alors un espace

autant à regarder qu’à habiter.

Un lieu où quelque chose continue d’apparaître.

Dans les oeuvres.

Entre elles.

Et peut-être aussi en nous

Texte de Gaëlle Mourieras, commissaire de l’exposition

 

Réunissant dix artistes aux pratiques multiples, ENVERS rassemble photographies, dessins, verre, radiographies, vidéos, installations et sculptures. Si les oeuvres empruntent des formes des langages différents, elles partagent une même attention à ce qui résiste à une lecture immédiate.

Chez Camille Brasselet et Juliette Parisot, l’image accompagne ce qui demeure en retrait.

Guénaëlle de Carbonnières, l’Atelier Faucher et Jeanne Held explorent les traces, les empreintes et les mémoires inscrites dans la matière.

Mélanie Planche et Julien Meilland déplacent nos perceptions et nos échelles de lecture.

Flora Fanzutti, Sébastien Schnyder et Yoan Lafragette nous conduisent vers des réalités plus physiques où le corps, sa matière et sa fragilité affleurent.

Pensée avec Office of Olga, la galerie 22h22 considère l’accrochage non pas comme une simple présentation des oeuvres, mais comme un outil de recherche à part entière. Les dispositifs sont conçus en dialogue avec les artistes, à partir des oeuvres elles-mêmes, de leurs formes, de leurs matières et des questions qu’elles soulèvent.

Dessinés spécifiquement pour l’exposition, ils prolongent les oeuvres dans l’espace et ouvrent de nouvelles lectures.

Certaines oeuvres se répondent. D’autres se prolongent. Des rapprochements apparaissent, des écarts se révèlent.

Le visiteur est invité à parcourir ces liens. Peu à peu émergent des lectures qui appartiennent autant aux oeuvres qu’à l’espace qui les relie. Des lectures qui composent ensemble une expérience commune du lieu.

« Après des années d’études et de recherches personnelles, la série «Géographies» concrétise le désir de Julien Meilland d’entreprendre un voyage onirique au travers de contrées situées quelque part entre abstraction et figuration. Ces géographies multiples ne décrivent ni un univers précis ni même des phénomènes physiques, mais s’offrent à notre regard comme autant de paysages possibles dont le spectateur serait l’explorateur omnipotent. À mesure que l’assiduité de notre regard se renforce, des reliefs se dévoilent, des contours se précisent agissant en catalyseurs de nos pensées.

Avec l’idée du beau comme point nodal de ses œuvres, Julien Meilland bat en brèche une pensée systémique inhérente au milieu de l’art contemporain. Si au siècle dernier, décorréler le beau de l’art nous a permis de poser un regard neuf sur notre interprétation du monde, fallait-Il pour autant le rejeter en bloc ? En réfutant le dogme classique n’en n’avons-nous pas embrassé un autre ? Avec ses peintures délicates et vibrantes d’où émerge une sensibilité exacerbée, Julien Meilland laisse le beau se faire l’axiome de l’universalité de ses œuvres.

En cheminant délibérément de l’abstraction vers la figuration, Julien Meilland fait le parcours inverse de celui communément emprunté dans l’art. Au lieu de déconstruire, il favorise, au travers des méandres colorimétriques abstraits de ses compositions, la résurgence des formes intelligibles. La ligne d’horizon qui se détache nettement dans chacune de ses œuvres fait office de pivot autour duquel s’articule la structure de ses compositions, elle les spatialise les faisant coexister de fait en une même unité de temps et d’espace. Les ciels de Julien Meilland existent par leur absence. Ils sont la part de l’œuvre restée vierge tel un territoire d’expression laissé à la libre attention de notre imaginaire.

Julien Meilland mentalise ses œuvres sans relâche. Bien en amont de la phase de production, dans une quête perpétuelle de sens, il les théorise, les décortique, les structure, les proportionne, en anticipe les rapports de masses, en énumère les composants; il construit méticuleusement l’espace de convergence qui permettra à ses œuvres de prendre leur forme définitive. Dans une fenêtre de temps court, des mois de travail se cristallisent en seulement quelques instants lors d’un processus de trempe savamment orchestré. Si le hasard a bien évidemment sa place, Julien Meilland par la dextérité de son geste et sa connaissance des différents mediums (pigments, encres, peintures acryliques, solvants, toiles, papiers) tente de le dompter autant que nécessaire. De ces saillies créatives fragiles et exigeantes ou le repentir n’a pas sa place, ne subsisteront pas même 10 % des œuvres ainsi produites. Francis Bacon percevait la peinture comme un accident, Julien Meilland intègre pour postulat que rarement la toile se conforme à ce qu’il avait prévu, l’obligeant de fait à opérer un choix pour déterminer ce qui mérite d’être préservé.

« Géographies » est une invitation aux voyages intérieurs, de ces voyages immémoriaux fascinants au gré desquels se sont construites nos humanités. Dans les œuvres de Julien Meilland nulle chose ne demeure ce qu’elle est; prendre le temps de les parcourir c’est engager une traversée contemplative où l’invisible devient visible, où les planéités se font dénivellations, où le sensible se meut en énergie vitale et inversement. »